Chronique d'un RER ordinaire - partie 1
Jour : Mardi.
Heure : 07h54.
Trajet : de Dupleix à Saint-Germain en Laye.
Bande originale : Kansas, Dust in the wind.
Préambule : Aujourd'hui, j'ai décidé de commencer à vous narrer ce que j'appellerai mes chroniques d'un RER ordinaire. Quoi de mieux que les transports en commun comme micro-laboratoire de société à l'échelle réduite ? Mais pour commencer cette première chronique, j'aimerais vous poser le décor. Je suis quelqu'un qui a ses habitudes tous les matins, je prends un journal gratuit en montant dans le métro, une fois l'un, une fois l'autre, sauf le mercredi. J'affectionne avoir de la musique qui déferle dans mes oreilles, si possible chaque jour différente. Pendant la première partie du trajet, je lis le journal, et, une fois passée la partie où le nombre de places est inférieur au nombre de personnes dans la rame, je m'assois, et j'observe le paysage et les gens. Je dois avoir l'air atteint d'une sociopathie grave, à fixer le vide, puis un visage, une attitude, attrapant un regard... Essayant de déchiffrer les expressions, de capter une émotion dans la cohue des voyageurs.
Et aujourd'hui, comme d'habitude, ça n'a pas manqué de vie, dans ce RER. J'attrape au vol le métro, je passe mon ticket d'un geste virtuose dans le tourniquet, et me voilà parti pour mon voyage matinal, grimpant deux à deux les marches de l'escalator. La foule m'attend déjà, amassée sur le quai. J'en reste à l'écart, ouvrant le journal avidement pour en lire les premiers gros titres et parcourir en diagonale la deuxième de couverture, tandis que le métro s'engouffre dans la station, la foule se pressant le long de la bande podotactile. Je rentre dans le wagon de tête, et j'assiste à ma première scénette de la matinée.
[En avant pour une aventure sponsorisée par la RATP]
Protagonistes : Une femme que l'on qualifiera d'âge mur, pour ne pas dire décrépie avant l'heure, portant pourtant sur elle un total de vêtements aussi chers que le budget annuel du ministère de l'éducation du Tadjikistan, et un vieux monsieur chauve, sec et probablement aussi étriqué d'esprit que la gabardine usée qu'il porte.
Le dame : "Vous pourriez, monsieur, souffler votre haleine plus loin de mon nez, j'en ai des difficultés à respirer, c'est que je fais de l'asthme, moi, monsieur."
L'homme : "J'ai des problèmes digestifs, et je vous emmerde."
La femme : "Monsieur, je ne vous permets pas, vous-ai-je insulté ?"
Sonnerie de fermeture des portes
La femme, prenant à parti les corps collés les uns sur les autres comme dans la chaleur moite d'un bar djiboutien : "Connard."
S'ensuit une longue et volubile flambée d'insultes en tout genre, mettant en doute pour la plupart les orientations ou capacités sexuelles de l'un ou l'autre protagoniste.
Bref, une scène matinale haute en couleurs, un peu courte, certes, mais je vous ai casé mon préambule, et où deux quinquagénaires, huppés et éduqués, nous montrent comment le bruit strident du métro peut rendre con.
Merci, et à la prochaine fois, où l'on découvrira que l'on peut parler en verlan, et avoir des principes.
1 commentaire à cet article.
Le RER a l'air plus festif que le métro!